Awa Cissoko, Fanta Diallo, Tareba Diabaté. Ces noms ne vous disent certainement rien. Elles sont pourtant les pionnières du football féminin au Mali. Si les Fatou Camara, Awa Sangaré «Pecosse», Diati N’Diaye, Bassira Touré, Aïssata Traoré, Couloumba Sogoré, Fatoumata Diarra, Salimata Diarra ont repris le flambeau, si le Mali a été demi-finaliste de la dernière CAN féminine, Ghana 2018, c’est parce que les devancières ont osé et brisé le tabou.


Depuis le début des années 70, les matches de football féminin se jouent dans notre pays. Et étonnamment, ce n’est pas la capitale qui a donné le ton. Ce sont plutôt les dames de Markala ensuite celles de Kati qui ont joué les pionnières.

Pourquoi les filles de ces deux villes secondaires ont osé être les premières taper dans le ballon devant un public ? Nous n’avons pas pu obtenir une réponse à la question.

Mais toujours est-il que nous sommes en mesure de vous faire revivre l’un des premiers matchs du football féminin sur nos terrains.

Focus sur les premiers pas des femmes dans le monde du ballon rond. L’époque où elles montaient sur les terrains de football en… pagnes.

Le deuxième match de football féminin dans notre pays a eu lieu le samedi 29 avril 1972 au stade municipal de Kati.

L’Essor en a fait le compte rendu dans sa parution du 4 mai tout en précisant que le premier match s’est déroulé à Markala où deux sélections locales s’étaient affrontées « au milieu des rires des plusieurs spectateurs ».

Le quotidien national rapporte que la rencontre de Kati qui s’est déroulée devant un public très nombreux a opposé une équipe de femmes (les Éléphants) approchant la quarantaine à une autre équipe formée de femmes beaucoup plus jeunes (les Biches).

Le match se jouait dans le cadre des manifestations pour la journée des Cités unies.
Détail important : contrairement à la loi qui réglemente le football, les deux équipes ont joué à quinze contre quinze.

« Imaginez ainsi trente femmes courir derrière un ballon de football et vous pouvez dès lors vous faire une idée de cette rencontre de Kati », souligne Ali Badra Keita dans son article intitulé : Football féminin à Kati : Les « Biches » l’emportent sur les « Éléphants » 3 à 0.

L’arbitrage était assuré par un homme. Les femmes n’avaient pas encore commencé à enfiler la tunique des directeurs de jeu. Dès le coup d’envoi, les « Biches », plus jeunes et plus rapides, ont pris le pas sur les « Éléphants ». « On avait de la peine quelques fois à apercevoir le ballon dans une mêlée de jambes », écrit le reporter de L’Essor.

Le premier but de la partie sera marqué à la 14è minute par Awa Cissoko pour les « Biches », juste une minute avant la mi-temps car la première partie a duré un quart d’heure. En deuxième mi-temps, Awa Cissoko réalisera le doublé en marquant le second but à la 8è minute.

Les « Biches » vont confirmer leur domination par un troisième but sur penalty tiré par Mme Diané. Et c’est sur le score de 3 buts à 0 qu’a pris fin cette rencontre inédite à l’époque.

Nous avons rencontré l’auteur de l’article à son domicile à Baguinéda. Le doyen Ali Badra Keïta indique qu’il a un très bon souvenir de ce match de football féminin à Kati. « Ce n’était pas une rencontre officielle, mais elle rentrait dans le cadre des festivités de la journée des Cités-Unies », explique-t-il.

Après la rencontre, poursuit-il, l’équipe vaincue, les « Éléphants », n’était pas d’accord avec le résultat de la rencontre. Elle avait demandé à rejouer la rencontre, et de choisir une dame pour officier le match, puisque c’est un homme qui avait sifflé la rencontre.

Ce jour là, on n’imaginait pas du tout qu’une dame dirigerait un jour un match de football. Mais aujourd’hui, les choses ont évolué, il y a des arbitres dames internationales.

Le doyen n’a pas caché son étonnement quand nous l’avons informé que des joueuses maliennes évoluent dans le professionnalisme en Europe et que le Mali a atteint la demi-finale de la dernière CAN Féminine.

« Je suis très impressionné par l’évolution du football féminin au Mali. Le jour où j’ai assisté à ce match de football féminin à Kati, si quelqu’un m’avait dit que quarante ans après le football féminin évoluerait sur le même rythme que celui des hommes, je n’allais pas du tout le croire », souligne le doyen.

Et de révéler : « Quand je suis revenu du reportage à Kati, au sein de la rédaction, certains de mes confrères me disaient : ‘Badra laisse-nous en paix avec cette histoire de football féminin, on n’a pas encore terminé avec les hommes à plus forte raison que des dames’».

Ali Badra Keita confie qu’il aimerait rencontrer les professionnelles maliennes évoluant en Europe pour les féliciter et surtout les encourager.

« Mais avant ça, je vais vous charger de leur dire qu’il y a un vieux journaliste sportif qui a écrit un article sur le football féminin en 1972 à Kati et qui souhaite échanger avec elles», nous demande le doyen. Nous ne manquerons certainement pas d’accéder à la demande du doyen. C’est le moins que l’on puisse faire pour ce vétéran de la presse sportive malienne.

Boubacar THIERO

Source L’Essor

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