Titulaire à part entière à Rennes depuis trois ans, l’arrière-droit malien aborde plusieurs sujets dans cette interview qu’il a bien voulu accorder au Quotidien national L’Essor. Entre autres, on peut citer, la participation des Bretons à la Ligue des champions d’Europe, le bon début de saison du club, la sélection nationale, la montée en puissance des footballeurs maliens en Europe, le feuilleton Adama Diarra Traoré

L’Essor : Rennes premier du classement de la Ligue 1 après 6 journées de compétition. Est-ce une surprise pour vous ?
Hamari Traoré : Avant de répondre à votre première question, j’aimerais dire que je suis content et honoré de pouvoir faire cette interview. On m’a beaucoup parlé de cette rubrique de notre Quotidien national consacrée aux expatriés et j’avais commencé à me poser cette question : est-ce que j’aurai un jour l’occasion d’accorder une interview au Quotidien national. Alhamdoulilah, mon jour est arrivé et je tiens à remercier tous les travailleurs du journal et un grand coucou au Desk sport.

Pour répondre à votre question, je dirais que je ne suis pas du tout surpris par cette belle performance de mon équipe. On mérite amplement le fauteuil de leader que nous occupons depuis un certain moment. Ça se passe super bien et tout le groupe est super motivé pour continuer sur cette lancée.

Nous sommes restés sur la même dynamique de la saison passée, même si nous n’avons pas pu finir le championnat à cause de la maladie à coronavirus. Nous sommes chanceux d’avoir un technicien de qualité, Julien Stéphan, qui travaille bien avec tous ses joueurs, il est très ambitieux. Quant à moi, j’essaie de donner le meilleur de moi, de rester humble pour être performant à chaque match. J’espère de tout cœur que tout le groupe restera comme ça jusqu’au coup de sifflet final du championnat.

L’Essor : Selon vous, qu’est-ce qui explique ce bon début de saison, vous qui êtes titulaire à part entière de l’équipe depuis trois ans maintenant ?

Hamari Traoré : Comme je viens de vous le dire, l’équipe est restée sur la même dynamique de la saison dernière, c’est ce qui explique ce bon début de saison. Nous allons redoubler d’efforts pour ne pas perdre ce rythme et nous avons tous les moyens pour y parvenir. Grâce au président du club, Nicolas Holveck qui fait de son mieux chaque jour pour le bonheur du club. C’est à nous de serrer la ceinture pour maintenir le cap et lui offrir des trophées cette année, Inch-Allah.

L’Essor : Comment voyez-vous la suite de la compétition ?

Hamari Traoré : Mon équipe fera tout cette année pour être championne. à défaut du titre majeur, on visera la deuxième place qui permettra à l’équipe de participer à la Ligue des champions d’Europe. Vous savez, Rennes est un grand club, avec de grands dirigeants et de grands joueurs, nous voulons tous les trophées et avec du courage nous allons y arriver. Nous savons également qu’il y a des équipes coriaces comme le PSG, qui n’arrive pas jusqu’à présent à se retrouver mais qui a un bon effectif, ça il faut le reconnaître. Au classement de la Ligue 1, nous avons le même nombre de points que notre poursuivant direct, à savoir Lille qui possède également de bons joueurs. Ça va être très dur, mais avec la confiance et la bénédiction de tous les Maliens et de toutes les Maliennes, Rennes atteindra son objectif.

L’Essor : Parlons à présent de la Ligue des champions d’Europe. Rennes évoluera dans la poule E qui comprend également Chelsea, le FC Séville et Krasnodar. Que pensez-vous de cette poule ? Rennes a-t-il une chance de se qualifier ? Quelle est l’équipe que vous craignez le plus dans ce groupe ?

Hamari Traoré : Tout d’abord, je pense que la poule est abordable, je suis très optimiste pour la suite, je n’ai aucun doute là-dessus. Rennes a bel et bien sa chance de se qualifier. Mon club est ambitieux, en plus, on a la chance d’avoir un bon manager et tous les joueurs sont assoiffés de victoires, s’il plaît à Dieu nous allons offrir cette qualification à nos supporters. L’équipe que je crains le plus dans ce groupe est Chelsea. à mon avis, c’est une belle équipe, dirigée par un jeune technicien, Frank Lampard. Cette équipe a remporté la Ligue des champions, l’Europa League, j’en passe. C’est à nous d’être meilleurs qu’eux, de bien jouer à chaque match pour passer la poule. Nous allons tout faire pour honorer notre club et également la France dans cette poule.

L’Essor : Il y a quelques mois, votre nom était sur les tablettes de plusieurs grosses écuries européennes, dont le PSG, mais vous avez décidé de poursuivre l’aventure avec Rennes. Pourquoi ?

Hamari Traoré : Oui, effectivement beaucoup de clubs me voulaient dans leur effectif, mais après avoir bien réfléchi avec ma famille et également mes proches, j’ai décidé de rester à Rennes et de continuer à progresser. Cette année, j’ai la chance de pouvoir jouer en Ligue des champions, je suis content pour ça. Pourquoi ? Parce qu’à Rennes, je suis un cadre, je suis bien respecté ici, on me paye bien, Alhamdoulilah tout se passe bien avec les dirigeants, y compris l’encadrement technique, mes coéquipiers et évidemment les supporters. Nous sommes une grande famille à Rennes et on nous traite bien ici, c’est l’essentiel.

L’Essor : Cette année, il y a beaucoup de joueurs maliens en Ligue 1. Cela traduit-il une montée en puissance du football malien ?

Hamari Traoré : Oui, ça prouve que la nouvelle génération est en train de bien travailler et c’est un honneur pour moi de les voir au haut niveau. Je suis très content et je les exhorte à continuer ainsi car ils seront la relève. En Europe, il y a beaucoup de joueurs maliens. On les retrouve en France, en Angleterre où évoluent Moussa Djénépo, Yves Bissouma, en Allemagne il y a Amadou Haïdara et Diadié Samassékou, c’est un bon signe pour notre pays. C’est à nous de continuer à travailler, à rester humble à ne se prendre pour l’autre, je pense qu’avec ça on pourra faire beaucoup de choses pour le pays. Notre nation a besoin actuellement que ses joueurs soient dans les championnats de première division à l’extérieur, ça fait plaisir aux supporters du pays et c’est une fierté pour nous.

L’Essor : Vous avez été présélectionné pour les deux prochains matches amicaux des Aigles contre le Ghana et l’Iran. Quels commentaires faites-vous sur le choix de ces deux pays et de la ville d’Antalya (Turquie) pour abriter ces rencontres de préparation ?

Hamari Traoré : Je suis content que la Fédération malienne de football ait négocié deux matches amicaux pour permettre à la sélection nationale de se tester, avant la double confrontation avec la Namibie pour la suite des éliminatoires de la prochaine CAN. L’équipe a besoin de ce genre de matches amicaux, c’est une sorte de préparation pour nous. C’est à nous de bien travailler et de faire bonne figure. Concernant le choix de ces deux pays et de la ville d’Antalya, je ne peux rien dire. J’en suis désolé mais je laisse ça à la fédération, mon rôle est tout simplement de jouer, pour le reste ce n’est pas mon problème. C’est toujours un réel plaisir pour moi de retrouver la sélection, mes frères et ce moment est très important pour moi d’être avec la famille, je suis content pour ça.

L’Essor : Adama Diarra Traoré a été convoqué à la fois par le sélectionneur national Mohamed Magassouba et le sélectionneur d’Espagne Luis Henrique. Que pensez-vous de cette affaire qui dure depuis maintenant trois ans ?

Hamari Traoré : Pour la sélection de mon frère Adama Diarra Traoré en Espagne, je ne sais pas quoi dire et ce n’est pas à moi de le juger. Pour moi, le plus important, c’est le choix du cœur. Je ne conteste pas son choix. Personnellement, j’aime les joueurs qui aiment venir jouer pour la patrie, je n’aime pas les joueurs qui se font désirer pour jouer pour le pays de nos ancêtres. En bon Malien, je ne peux que lui souhaiter bonne chance avec la Roja (surnom de la sélection nationale d’Espagne).

L’Essor : Le Franco-Malien, Abdoulaye Doucouré (Everton, Angleterre) figure également sur la liste des Aigles ? Qu’en pensez-vous ?

Hamari Traoré : Je n’ai absolument rien à dire également sur ce dernier, je ne le connais pas du tout et s’il avait accepté de venir jouer pour le Mali, ça allait être une occasion pour moi de le voir et de pouvoir tisser un lien avec lui.
Tout comme Adama Traoré, je lui souhaite une très bonne chance dans sa carrière et j’espère de tout cœur qu’ils ne vont pas regretter dans les années à venir. J’aime voir un joueur quitter l’Europe pour venir défendre les couleurs d’un pays africain, mais c’est une question de choix du cœur. Tous les joueurs présents aujourd’hui en Turquie sont là pour défendre les couleurs du pays. Adama Diarra Traoré et Abdoulaye Doucouré, je ne les juge pas, c’est une question du cœur et c’est le plus important. Moi, je suis très fier de porter le maillot du Mali et de pouvoir défendre mon pays.

L’Essor : Le Mali a été l’une des attractions de la dernière CAN, en égypte. Quels souvenirs avez vous de cette campagne, avec l’élimination précoce (8è de finale) des Aigles ?

Hamari Traoré : Après la dernière campagne en égypte, on a créé un bon groupe avec un état d’esprit qui est au beau fixe. On a cette chance d’avoir un bon coach, Mohamed Magassouba avec son staff, mais on n’a pas eu de chance lors de la dernière CAN. On a défendu avec fierté et honneur les couleurs du Mali. Notre seul malheur a été qu’on est tombé sur un adversaire qui était plus chanceux que nous. On a dominé toute la rencontre, on aurait pu passer, mais on n’a pas eu de chance. Maintenant la CAN est derrière nous, tous les joueurs sont prêts à aller de l’avant afin de remporter des trophées pour le Mali. Nous voulons le soutien de la population malienne pour faire des victoires à domicile et également à l’extérieur. Je veux que nous parlions le même langage et que les dirigeants se donnent également la main pour travailler ensemble et mettre fin aux querelles de personne qui n’ont que trop duré.
L’Essor : Qu’est-ce qui a manqué aux Aigles ? Si c’était à refaire, quels changements demanderiez-vous ?

Hamari Traoré : Je pense que c’est le problème d’organisation et de moyens qui manque à cette équipe. Si la fédération donne plus de moyens aux Aigles, je suis sûr que le Mali va faire quelque chose, comme se qualifier par exemple à la Coupe du monde ou remporter la CAN. Si on reprenait la CAN ce que j’aurai demandé, c’est de l’efficacité devant les buts.
Il faut qu’on soit plus percutant devant. Face à la Côte d’Ivoire qui nous a éliminés, nous avons manqué de percussion et de réalisme en attaque. Nous avons dominé le match et l’équipe s’est créée beaucoup d’occasions qu’elle n’a pas réussi à concrétiser. Ce que j’ai aimé dans cette rencontre, c’est le fait que tous les joueurs ont joué avec le cœur. Nous avons tout donné, mais ça n’a pas marché. Je profite de cette interview pour présenter une fois encore, nos sincères excuses au peuple malien, nous promettons aux supporters de faire mieux lors de la prochaine campagne.

L’Essor : Lionel Messi et Cristiano Ronaldo règnent sur la Planète Foot depuis plus d’une décennie et causent des misères aux défenseurs qui croisent leur chemin. Selon vous lequel des deux joueurs est le meilleur ?

Hamari Traoré : Lionel Messi et Cristiano Ronaldo sont tous des extraterrestres, les deux portent toujours leur équipe respective. Il faut que les gens arrêtent de dire que celui-ci est meilleur, même si la préférence parle un peu plus pour Lionel Messi. Ces deux nous font rêver depuis plusieurs années et moi je leur souhaite une longue vie et une longue carrière.

L’Essor : Un petit message pour le public sportif malien qui suit avec une grande attention vos performances avec les Bretons.

Hamari Traoré : Je ne dirais pas un petit mais un grand message à l’endroit du public sportif malien qui ne rate aucun de mes matches. Mais je voudrais commencer par remercier d’abord Jean-Marc Guillou qui m’a permis d’être où je suis aujourd’hui.
Ensuite, je demande à tout le monde de prier pour le Mali, notre chère patrie qui traverse un moment difficile de son histoire.

Nous aussi à notre niveau, nous prions pour que le pays retrouve sa stabilité et que les Maliens retrouvent une bonne humeur. Je ne saurai terminer cette interview sans inviter les supporters maliens à nous soutenir ce vendredi face au Ghana et mardi contre l’Iran. Nous aurons besoin d’eux, quelles que soient les circonstances. Je souhaite beaucoup de bonheur à tout le peuple malien.

Qu’Allah bénisse le Mali !
Interview réalisée par

Djènèba BAGAYOKO

 

Prénom et Nom : Hamari Traoré
Date de naissance : 27 janvier 1992
Lieu de naissance : Bamako
Poste : Latéral droit
Première sélection : 9 octobre 2015 contre le Burkina Faso (1-
4 pour les Aigles, en amical en France)
Nombre de sélection : 24
Parcours
2008-2012 : Académie Jean Marc-Guillou de Bamako
2012-2013 : Paris FC (France D2)
2013-2015 : Lierse SK (Belgique)
2015-2017 : Stade de Reims (France)
2017 : Rennes (France)
Palmarès
2014-2015 : Meilleur joueur de Lierse SK (Belgique)
2018-2019 : Vainqueur de la Coupe de France (Rennes)

Source : L’ESSOR

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